Se reconnecter à la vraie vie: lutte contre l’addiction aux écrans

Pierre-Paul Dossekpli

D’après le dernier baromètre du numérique du Crédoc, en 2022, souligne le figaro du 15 mars, plus d’une personne sur deux déclare ne pas pouvoir passer plus d’une journée sans qu’internet leur manque, alors qu’elles étaient moins d’une sur trois en 2016. Et Selon un sondage OpinionWay datant de juillet 2023, 47 % des salariés sont même incapables de déconnecter pendant leurs congés.

Sur  Nice-matin Lara, une maman niçoise confesse : « “J’allaitais mon fils en regardant la télé. Aujourd’hui, il a 6 ans, et je me rends compte qu’il en oublie de manger quand on fait une soirée Netflix le vendredi soir. Et quand il rentre d’un week-end chez son père, où tous deux jouent longuement ensemble devant l’écran, ou d’une journée passée chez sa grand-mère qui le laisse devant la tablette, mon fils est plus nerveux et agité qu’il ne devrait.

Ce témoignage est corroboré par les dire du docteur Faredj Cherikh, psychiatre et chef du service d’addictologie au CHU de Nice. Entre autres, il parle de la prise de poids, acuité visuelle en baisse, irritabilité, comme conséquences de la surexposition aux écrans sur la santé des enfants.

Selon le journal le monde, Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse du 16 janvier 2024, a affirmé vouloir réguler l’usage des écrans par les jeunes enfants. En effet, adoptée le 18 janvier 2022, une loi visait déjà cet objectif, obligeant les fabricants de smartphones à offrir aux parents des outils de contrôle. Mais la mise en place de logiciels permettant de limiter le temps passé devant les écrans n’avait pas été rendue obligatoire par ce texte, à l’ambition largement revue à la baisse par rapport aux demandes initiales.

Alors, d’autres se demandent s’il Faut « en venir à des mesures radicales, à la chinoise » souligne Le Monde. Il semble que Là-bas, les enfants ont désormais interdiction de jouer à des jeux vidéo plus de trois heures par semaine. Les moins de 8 ans n’ont pas le droit à plus de quarante minutes d’Internet par jour, et, au-delà de cet âge, ils doivent s’en tenir à une heure journalière. Cet accès leur est complètement bloqué de 22 heures à 6 heures. Des restrictions drastiques facilement applicables grâce à des paramètres « jeunesse » activés par défaut par les entreprises fabriquant des jeux vidéo ou des médias sociaux.

Il faut aussi reconnaitre que l’addiction aux écrans concerne aussi les adultes. « Alors qu’Emmanuel Macron veut réguler leur usage pour les enfants, les adultes ont bien du mal à donner l’exemple », remarque le Figaro. A ce propos, une étude a été rendue publique sur l’Humanité le mardi 23 janvier, sur « l’addiction aux écrans ». Réalisée auprès de 21 400 personnes de 18 à 89 ans par l’observatoire santé de la mutuelle Pro BTP et le centre de recherche de l’Institut Rafaël, elle fournit un premier enseignement : les usages problématiques, voire addictifs, des écrans ne concernent pas que les enfants, mais aussi les adultes. Un répondant sur deux dit passer chaque jour « plus de 1 h 30 de son temps libre » sur ces outils numériques, et même « plus de 3 heures » pour un quart des 18-39 ans.

Il se dit d’une utilisation intensive qui perturbe les interactions sociales. Parmi les appareils comme l’ordinateur portable, la tablette ou la console de jeux, le smartphone sort vainqueur toutes catégories de cette course aux pixels. Il est « présent dans tous les moments de la vie quotidienne », relève l’étude. Consulté au réveil (53 %), cet omniprésent « doudou » accompagne désormais les Français au lit (43 %), aux toilettes (36 %) ou encore à table (32 %).

Au Credir, une ONG engagée dans la prévention de l’épuisement professionnel, « on voit de plus en plus de gens qui ont un problème lié à une surdose de smartphone ». « Mettez votre cerveau en pause numérique plusieurs fois par jour ! recommande Jean-Denis Budin, fondateur du Credir, lors des stages pour professionnels en burn-out qu’il anime. Ce phénomène est une montagne qu’il faut attaquer par petits bouts, avec une logique d’une petite victoire par jour. » Cela peut être, par exemple, de supprimer la plupart des notifications, de désactiver le Wi-Fi le soir, de passer en mode nuit (en noir et blanc), de fixer des objectifs de temps sur une application, de proscrire certains horaires, de mettre en place un suivi d’activité…

Le figaro évoque une « névrose contemporaine » qui a inspiré deux jeunes entrepreneuses. En effet, Sandrine Gaussein-Casanova et Félicie Royol, ont créé OorZone, un concept de « tourisme déconnecté et déconnectant ». L’objectif est de « Reconnecter » ces citadins « nomophobes » – qui éprouvent une peur panique à l’idée d’être séparés de leur téléphone -, ces travailleurs surmenés et ces parents dépassés, à « la vraie vie », en les embarquant « pour une aventure au beau milieu de nulle part », sans réseau.

« Être inaccessible, c’est le nouveau luxe ultime », font valoir les associées. Devenir « VIP (Very Inaccessible People) » peut aussi se faire entre collègues, lors d’un séminaire OorZone. Des pochettes sont « à disposition pour ranger le smartphone et être 100 % présents ». Les deux entrepreneuses proposent également des « box week-end déconnexion », sélection d’évasions en France, classées selon trois niveaux : « ON / OFF », « Erreur 404 », « Do not disturb », allant de « l’environnement déconnectant en pleine nature » à l’absence d’écran, de Wi-Fi et de réseau internet – voire téléphonique.

Au Gîte du Chat botté, on fait « l’expérience de survivre sans téléphone, sans internet et sans TV », au cœur du parc régional de la Chartreuse, en Isère, raconte la propriétaire, Régine Rigaud-Modelin. Il est proposé à tous ceux et celle qui luttent contre leur addiction aux écrans une expérience pour « se reconnecter à la vraie vie ». « L’idée est de pousser les hôtes à se connecter à leur “moi profond” en vivant au rythme de la lumière et des éléments et en se laissant bercer par le chant des cigales. Selon le Figaro, Cécile, une Parisienne de 35 ans, et son mari, qui travaillent tous les deux dans la banque d’affaire se disent heureux d’avoir trouvé ce lieu. Ces idées semblent se connecter aux programmes de retraite spirituelle fréquentes proposées l’Eglise Catholique depuis des millénaires.

Photo couverture: depositphoto.com

Photo intérieure: https://goodmenproject.com/featured-content/disconnecting-to-reconnect/