Pierre-Paul Dossekpli
Le journal Le Monde du 19 avril 2024 évoque une hausse des baptêmes catholiques en France. Chez les adultes, les chiffres passent d’environ 4278 en 2022, à 7135 en 2024. La hausse est encore plus prononcée chez les jeunes qui enregistrent une augmentation de 1650 en 2022 à 5025 en 2024.
Il faut remarquer que cette hausse des baptêmes survient dans un contexte parfumé de scandales, baisse de la pratique et des vocations et perte d’influence politique. L’historien Charles Mercier, fait remarquer comment cette croissance qui intervient dans un contexte très difficile a été lu comme relevant de la grâce, conformément à une herméneutique chrétienne selon laquelle c’est dans la faiblesse que Dieu se manifeste.
Le Figaro parle de ces catéchumènes qui franchissent le pas dans une époque marquée par un progressisme bon teint qui tourne en dérision toute recherche spirituelle.
Selon Le Monde, ce phénomène s’inscrit aussi dans un mouvement d’individualisation des valeurs, qui conduit à voir l’affiliation religieuse non plus comme une identité collective héritée, mais comme l’aboutissement d’un cheminement personnel.
En un certain sens, l’augmentation des catéchumènes est aussi la conséquence d’un repositionnement sur la dimension non plus culturelle mais existentielle du christianisme, qui requiert l’authenticité de l’implication de celui qui s’en réclame.
Cependant, comme le souligne Le Monde, la croissance au niveau des baptêmes, 112% en quatre ans, s’explique surtout par ce qu’il appelle « le retour du spirituel chez les jeunes adultes. Ce phénomène est sans doute lié à un autre. En effet, un article titré les jeunes français découvrent le carême, publié sur ce même site, montrait déjà l’intérêt croissant des jeunes pour les exercices spirituels.

L’Orient-Le Jour insiste aussi sur le que cette hausse soit portée par le dynamisme des jeunes, qui avaient déjà été 45.000 à se rendre depuis la France aux JMJ (journées mondiales de la jeunesse) à Lisbonne l’an dernier (2023 Ndlr). Les 18-25 ans représentent désormais 36% des nouveaux baptisés. Et déjà la question se pose si l’église catholique pourra les garder.
En effet beaucoup appréhendent de se retrouver livrés à eux-mêmes après deux ans de préparation intense. « J’ai un peu peur de la lassitude, de la difficulté à conserver ce feu », témoigne Angèle Louise Fogaing, 17 ans, qui envisage d’« aller à l’église, s’entourer d’amis chrétiens, prier… ».
La Conférence Episcopale Française (CEF), conscient de cette difficulté parle de l’importance d’« un véritable enjeu d’accompagnement dans les premières années de la vie chrétienne ». « Nous allons devoir ajuster nos pratiques », a affirmé le président de la CEF, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, au magazine Famille chrétienne.
Déjà en 2021, un sondage d’opinion réalisé par l’IFOP et relayé par Le Monde, montre que le taux de croyance en Dieu devient majoritaire chez les 18-30 ans. Il relevé que ce fait n’était plus arrivé depuis le début des années 1980.
En outre, il est noté que sur internet et les réseaux sociaux, les observateurs découvrent un engouement inédit pour le surnaturel. Il y a une sorte de socialisation religieuse horizontale libre et non régulée, entre pairs, dont émergent quelques figures d’influenceurs.
De l’analyse de l’historien Charles Mercier il en ressort le fait la théorie de la sécularisation postule que la modernisation, qu’elle soit technologique, institutionnelle ou culturelle, ferait reculer la religion, car elle offre des solutions non religieuses aux problèmes de la vie humaine. Le fait est que l’environnement actuel – marqué par les séquelles de la crise du Covid-19, l’accentuation de la crise climatique, le retour de la guerre en Europe, la montée des populismes –, le progrès devient une source de problèmes et d’angoisses, et rouvre « un espace possible pour l’expérience de la transcendance » commente Charles Mercier.
Parmi les déclics qui amènent à postuler au baptême, des catéchumènes interrogés par La Croix, dans un article publié le 27 mars 2024, mentionnent des évènements comme messe de mariage, la conversation avec un ami catholique ou la figure d’une grand-mère demeurée pratiquante. Les Eglises continuent à mailler de manière dense le territoire français, et forment un réseau de lieux de contact avec l’univers catholique.
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